Les autres morceaux
Avertissement : Le texte qui suit n’est pas approprié pour les lecteurs de moins de 18 ans.
Jarvi réalisait combien la situation était maintenant ambiguë. Sans réaction claire de Sam à sa tentative de baiser de tout à l’heure, il pouvait espérer remettre ça, et même aller plus loin, mais Sam se réservait le droit d’y couper court, à nouveau.
Peut-être qu’il voulait juste se donner du temps.
Jarvi alla poser son verre vide dans l’évier de la cuisine et revint dans le séjour, l’amertume du pamplemousse dans la bouche.
Le petit tapotement de la pluie contre le double vitrage l’attira vers la fenêtre. Il aimait beaucoup écouter la pluie tomber. Le bruit de l’eau contre les vitres, contre les toits, contre les vasistas, contre les parois vitrées des vérandas… C’était toujours la même mélodie, mais chaque maison avait ses sonorités propres. Toits de tuile ou d’ardoise, gouttières de zinc ou de plastique…
S’approchant de la vitre, il prêta l’oreille, rêveusement…
Jusqu’à ce que la main de Sam vienne soudainement le tirer de sa contemplation. Jarvi se retourna aussitôt, alors que l’infirmier le tirait loin de la fenêtre et refermait le rideau, sans un mot.
A la vue de l’élégant peignoir bleu qu’avait enfilé Sam, il oublia immédiatement de s’interroger sur ce comportement étrange.
Il avait toujours entendu dire que les homos prenaient davantage soin de leur apparence physique, que les hétéros. Le moins que l’on pouvait dire, c’est que Sam ne faisait pas exception à la règle. Son peignoir enveloppait joliment ses larges épaules, et laissait voir les muscles des mollets, ceux des avant-bras, la peau légèrement hâlée de son encolure – Jarvi réalisa tout d’un coup que c’était sûrement son teint de peau naturel et non un hâle estival. Même ses pieds, nus sur la moquette, étaient soignés, et les ongles parfaitement entretenus.
L’infirmier avait à nouveau suivi ses regards, mais il n’eut ni un mot, ni même un sourire moqueur. Il tourna les talons et repartit vers la cuisine. Jarvi l’entendit verser de l’eau dans une casserole.
Il était bientôt dix-neuf heures : l’idée de passer un repas en tête à tête avec son hôte lui semblait étrange. Ca allait ressembler à un repas en amoureux. Inévitablement.
Il ne savait comment se comporter, ni même s’il devait proposer son aide pour préparer quelque chose.
- Je vais aller prendre une douche aussi, annonça-t-il en passant la tête par la porte de la cuisine.
Sam était en train d’examiner le contenu de son congélateur. Il se tourna pour lui répondre :
- OK, j’ai sorti un peignoir pour toi si tu veux.
Dans la salle de bains, Jarvi prit son temps. Il s’observa dans le miroir, contractant les muscles que les séances avec Marco avaient contribué à affermir. Par contraste avec Sam, il avait la peau très claire. Les cheveux aussi. Il les ébouriffa, se repeigna sommairement, puis examina le ridicule duvet clair qui lui tenait lieu de barbe. Il ressemblait encore trop à un enfant. Il était certain d’avoir énormément vieilli depuis quelques jours.
L’eau brûlante sur la peau de son dos lui apporta une profonde détente. Il fit durer ce plaisir, puis se savonna et se rinça tranquillement, avant de se sécher et de vérifier où en était la machine à laver.
Il enfila le peignoir gris que Sam avait posé sur la chaise à son intention et s’observa dans la glace. Le peignoir était du même modèle que l’autre, mais un peu plus petit : il était presque à sa taille.
Il songea à demander à Sam pourquoi il avait des peignoirs de plusieurs tailles, puis se ravisa : ce n’était pas correct vis-à-vis de celui qui l’invitait chez lui à l’improviste. Certes, il avait envie que leur soirée prenne une tournure plus intime, mais il ne souhaitait pas s’immiscer dans sa vie privée. Il valait peut-être mieux ne rien savoir de ses aventures, passées ou présentes.
Sam ne lui jeta pas un regard quand il apparut à l’entrée de la cuisine : il finissait d’assaisonner ce qui ressemblait à du poisson en sauce. Il baissa le feu, couvrit la poêle, puis se dirigea vers la porte:
- Je vais m’habiller avant qu’on passe à table, annonça-t-il.
Il espérait sûrement que Jarvi s’écarterait pour le laisser passer, mais celui-ci n’en fit rien et rétorqua avec une assurance soudaine :
- Pourquoi ? Tu es très beau comme ça.
Sam ne répondit pas. Il insistait pour sortir de la cuisine.
- Pourquoi tu ne dis rien ? Et pourquoi tu n’as rien dit tout à l’heure ?
Jarvi montrait d’un geste la machine à café, et les deux paquets de café encore visibles.
Sam s’immobilisa, silencieux, et comme désemparé.
Il finit par répondre, en enchaînant les mots avec une lenteur qui tenait plus de la prudence que de l’hésitation.
- Je crois qu’en ce moment, tu te sens très seul, ou très malheureux, ou les deux… Et j’ai sûrement fait une erreur, en m’ouvrant à toi tout à l’heure. Je ne veux pas que tu confondes tout. Tu risques d’être déçu, ou de te forcer pour me plaire, et ce sera pire que tout.
- Pire que tout ?
- Une grosse déception.
Jarvi fut soudain soupçonneux.
- Pour toi ou pour moi ?
Sam lui répondit sans détour :
- Pour nous deux.
Il se détournait déjà, comme pour signifier que le débat était clos. Mais Jarvi n’était pas convaincu.
- Même si c’est le cas… Même si c’est juste parce que je me sens un peu seul, effectivement…
Il hésita puis se lança :
- Et même si c’est aussi ton cas, d’ailleurs… Même si c’est parce qu’on se sent seul : si on en a envie et si on sait que c’est juste comme ça pour une nuit, on peut… Ca peut…
Il ne trouvait pas comment finir sa phrase.
Sam ne l’y aida pas. Il retourna vers la poêle, souleva le couvercle, le reposa, puis attaqua :
- C’est facile pour toi, tu débarques tranquillement, tu passes la nuit ici, et tu as envie de t’offrir une petite expérience sympa.
Jarvi eut l’impression que Sam lui reprochait d’être égoïste, et en éprouva un sentiment d’injustice.
Il baissa les yeux vers ses pieds nus, boudeur. Il n’acceptait pas le reproche.
Sam reprit :
- Et puis je t’ai dit qu’il ne se passerait rien, alors il ne se passera rien.
Son ton catégorique était presque cassant.
Jarvi essayait de réfléchir, de trouver un argument susceptible de le faire fléchir. Il se rendait compte qu’il souhaitait très fort y parvenir. Et si c’était précisément ça ? S’il lui disait tout simplement qu’il voulait le faire changer d’avis? Comment faire, sans passer justement pour un égoïste ? Il tenta une autre approche :
- Ecoute, je sais ce que tu as dit tout à l’heure. Mais je… Mais j’ai l’impression que ce n’est pas ce que tu souhaites en réalité. Et…
Sam attendait la suite.
- Et même si je suis convaincu que tu es capable de tenir ta parole…
Jarvi sut qu’il venait de marquer un point. Il tenta de poursuivre :
- … Je te demande… Enfin non… Mais j’aimerais bien…
Il ne voyait pas bien comment continuer. Soudain, il n’arrivait pas à croire qu’il était en train de demander poliment à un homo de s’intéresser à lui. Cette subite réalisation lui fit perdre tout son aplomb. Il s’adossa au placard pendant qu’une petite voix moqueuse lui demandait comment il s’était mis dans une situation aussi pourrie.
Sam lui lança un regard compatissant, éteignit le feu sous la poêle et s’approcha de lui. Jarvi ferma les yeux et sentit autour de lui deux bras puissants et réconfortants.
Il s’y sentit bien.
Il était à sa place.
La situation pourrie s’était transformée en un instant parfait où tout était rentré dans l’ordre.
Il y puisa de la force et de l’espoir, et eut l’impression que Sam s’y ressourçait aussi.
L’étreignant très fort, à son tour, il essaya de lui communiquer cette énergie neuve.
Sam faisait durer leur étreinte, et Jarvi patienta encore un peu avant de partir timidement à la recherche de sa bouche.
Ses lèvres étaient douces et chaudes. Il offrit doucement un contact, sans s’imposer, et apprécia longuement l’agréable caresse qu’elles lui rendirent.
Il hésitait à explorer davantage cette bouche inconnue : il appréhendait un contact qui allait sûrement être décisif. Il prolongea ce baiser presque innocent. Ce n’est que lorsqu’il sentit Sam se dégager doucement qu’il le contraignit à un baiser plus intense, les mains sur sa nuque et les lèvres ouvertes. Sam s’y prêta d’abord avec une certaine réserve, puis l’embrassa à pleine bouche, de plus en plus fiévreusement.
Jarvi se délecta de ce baiser intense qui se muait en envie, besoin, urgence. Il sentait tout son corps réagir et se tendre vers cette bouche qui voulait se fondre à la sienne. Quand Sam laissa échapper un gémissement, Jarvi s’enflamma complètement. S’écartant momentanément, il dénoua la ceinture de son peignoir, saisit les mains de l’infirmier et les glissa entre les deux pans de l’étoffe, les plaquant contre sa peau, sur ses hanches.
Sam, stupéfait, ne quittait pas des yeux ce que le peignoir ouvert venait de dévoiler, et Jarvi se sentit soudain contrarié : qu’attendait-il pour le toucher, le caresser, explorer sa peau et son corps ? Ne voyait-il pas qu’il en avait envie ?
- Qu’est-ce que tu es beau !
Jarvi avait du mal à croire qu’on pût le trouver beau, mais la voix de Sam avait un certain écho de sincérité.
Ils s’embrassèrent à nouveau. Jarvi aurait aimé que les mains qui lui enserraient la taille s’aventurent en d’autres endroits, mais sa légère déception fit place à une excitation accrue quand il devina à travers le peignoir de Sam, le sexe gonflé de l’infirmier qui venait à la rencontre du sien.
Il en perdit tous ses moyens. Fermant les yeux, il s’accrocha au cou de Sam comme on s’accroche à un tronc d’arbre pour ne pas sombrer, et balbutia :
- J’ai envie…Je ne sais pas… J’ai envie… S’il te plaît.
Sam l’emmena jusqu’au canapé, en chuchotant :
- OK. N’aie pas peur. Moi je sais.
Jarvi n’avait pas peur. Il se sentait d’ailleurs complètement en confiance. Il supposait que son peignoir toujours ouvert, et ses bras passés autour du cou de Sam, parlaient pour lui. Allongé sur le canapé, il se laissa caresser et découvrir lentement. Il suivait des yeux les mains brunes de l’infirmier sur sa peau claire. Sam prenait son temps, ses mains chaudes finissaient de lui ôter son peignoir, mais ne s’aventuraient toujours pas entre ses cuisses. Impatient, il guida une de ses mains jusqu’à l’endroit voulu, et les caresses expertes de Sam l’embrasèrent à nouveau. Tête renversée en arrière, il ne put retenir un gémissement quand il sentit la bouche chaude envelopper son sexe.
C’était lent et doux, et les allées et venues de la langue de Sam lui procuraient un plaisir croissant. Il s’entendit dire « Oui », plusieurs fois. Il ouvrait ses cuisses, et ses mains sur la tête de son initiateur lui demandaient d’y aller plus avant.
Sam obéit, mais en même temps une de ses mains s’aventura un peu trop loin pour Jarvi, qui tressaillit et se redressa.
- Non, je ne veux pas ça.
Sam retira sa main.
Jarvi, craignant d’avoir contrarié ses projets, tenta d’expliquer :
- Je n’ai pas trop envie que tu ailles par là.
Mais son amant attentionné était revenu à ses caresses sensuelles initiales, sans poser de questions.
Jarvi réalisa soudain qu’il était le seul à profiter de ce moment, et il s’arrangea pour se rapprocher de Sam qui était assis sur le bord du canapé. Il s’aventura à effleurer le fin peignoir bleu, puis glissa sa main sous l’étoffe pour toucher la peau brune et le muscle ferme de la cuisse. Il remonta doucement, en un geste qu’il espérait sensuel, vers le sexe de Sam, qu’il toucha d’abord timidement.
- Tu n’es pas obligé.
Mais Jarvi avait envie de le sentir réagir à ses caresses, et pour toute réponse, se mit à le masturber alors que la bouche de Sam reprenait de plus belle ses allées et venues assidues.
Jarvi s’aperçut avec satisfaction que le corps de son amant réagissait à ses efforts : il sentait sous ses doigts la peau gonflée, chaude, dure, il percevait la tension croissante, le désir à peine retenu d’aller chercher le contact, il sentait le corps de Sam répondre doucement, en rythme, à ses caresses appliquées. Il entendit enfin la respiration rapide de Sam, qui s’était interrompu et relevait la tête sous l’effet du plaisir. Il vit sa bouche entrouverte, ses dents qui mordaient la lèvre inférieure. Il entendit sa plainte sourde, sensuelle, merveilleuse.
Quand Sam reprit son sexe dans sa bouche, Jarvi sentit immédiatement venir son propre plaisir.
Percevant l’imminence de la jouissance, il s’arracha à la bouche de l’infirmier, serrant son sexe dans sa main, réprimant à grand peine ce qui s’annonçait.
Pour ne pas laisser en plan son amant, il s’assit à côté de lui et entreprit de lui retirer son peignoir. Sam se laissa faire docilement, et Jarvi se régala de toucher ses muscles fermes et sa peau mate. Ses épaules, ses pectoraux, même ses abdominaux étaient agréables à toucher. Il descendit jusqu’aux cuisses et posa enfin le regard sur son sexe, dressé au milieu d’une petite toison de poils foncés. Il avait appréhendé ce moment, mais n’éprouva finalement aucune répulsion à cette vision nouvelle. Histoire de chasser définitivement toute hésitation, il décida de se jeter à l’eau. Il descendit du canapé,se plaça devant Sam et voulut se nicher entre ses cuisses. Mais Sam le repoussa doucement.
- Je veux te… Je veux te prendre dans ma bouche, expliqua Jarvi.
- OK, mais pas comme ça. Pas à genoux.
Au lieu de cela, l’infirmier le fit se rasseoir sur le canapé et se plaça devant lui, prenant appui sur le dossier du canapé. Jarvi répondit immédiatement en agrippant ses hanches et en l’attirant vers lui, se saisissant du sexe toujours dressé qu’il désirait sentir dans sa bouche. Il l’engloutit d’un seul coup et le sentit réagir aussitôt. Tentant de deviner ce que Sam attendait de lui, il finit par le laisser faire et accueillit ses légers mouvements avec soulagement. Il se plia au rythme qui lui était imposé, entreprenant de se caresser lui-même en même temps. Le désir le reprenait, plus fort, plus exigeant. Il entendit ses propres plaintes, que le sexe dans sa bouche étouffait à peine. En réponse, Sam se mit à soupirer lui aussi, accélérant la cadence de ses mouvements de bassin. Ils bougeaient ensemble maintenant, la bouche de Jarvi répondant d’elle-même aux allées et venues du sexe tendu et gonflé, l’accueillant sans retenue.
Jarvi sentait son plaisir monter en même temps qu’il entendait les plaintes de Sam se mêler aux siennes, de plus en plus rapides, de plus en plus difficiles à contenir. Son cerveau en feu ne contrôlait plus rien, sa bouche ne lui appartenait plus, et seules ses mains réussirent encore à suivre quelques instants ce que lui dictait son besoin de jouir enfin. La pièce chavira autour de lui alors qu’il éjaculait contre la cuisse de Sam, ayant vaguement conscience que Sam faisait de même, agrippé au canapé, à côté de lui.
A suivre.
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