Temps très froid= du temps pour moi. Voici la suite, enfin…
* * * * *
Il y avait un tabouret devant le piano, mais alors que Sam s’était approché de l’instrument et lui laissait la possibilité de s’asseoir, Jarvi resta debout. Ils se firent face un curieux instant, chacun à un bout du clavier.
Du coup, Sam alla chercher une chaise pliée le long du mur et l’approcha du tabouret. Il la déplia et s’assit dessus. Jarvi ne voyait plus comment éviter de s’asseoir.
Il se sentait piégé. Il avait dit qu’il aimait le piano, et pof, Sam lui dégottait un piano. Et alors quoi? Il devait applaudir? Remercier?
Il n’avait pas envie de faire une démonstration de ses capacités. Il n’avait pas envie de jouer juste parce que quelqu’un voulait l’entendre jouer. Même si c’était Sam.
- Qu’est-ce que tu attends de moi? Demanda-t-il.
- Moi? Rien.
- Alors quoi, tu veux que je te joue un morceau, c’est ça?
Sam hésita:
- C’est… comme tu veux. Tu avais dit que tu aimais le piano, et comme moi aussi… Alors je me suis dit… Puisque tu parlais d’apprendre à se connaître, ça me semblait une bonne approche… Mais si tu ne veux pas, c’est pas grave.
La dernière phrase sentait la manipulation : c’était le genre de phrase qu’on disait pour forcer la main de quelqu’un. Et puis, l’argument sonnait faux : pouvait-on apprendre à se connaître en s’écoutant jouer des morceaux, de mémoire, sur un piano inconnu?
D’un autre côté, Jarvi ne voulait pas vexer Sam. Ni risquer de le décevoir. Il savait que s’il jouait quelque chose, il impressionnerait sans doute l’infirmier. Et puis, il espérait bien l’entendre jouer, lui aussi. Cela leur ferait un sujet de conversation sur le chemin du retour. Tandis que s’il restait les bras ballants devant ce clavier, la soirée serait longue et compliquée.
Il trouvait tout de même déplaisant d’être la marionnette dans le programme que Sam avait fait de leur début de soirée. En plus…
- Ecoute, je veux bien, mais là j’ai un problème avec ton programme.
- Mon quoi? Mon programme?
- Oui, expliqua Jarvi, tu as tout décidé tout seul, tu m’amènes ici, bon, c’est un très bel endroit, et puis essayer l’orgue j’ai trouvé ça génial, c’est sûr, mais j’ai l’impression que tu décides de tout et que moi je dois suivre sans rien dire.
Sam se gratta un sourcil avant de répondre:
- Oui, ben… Je voulais te concocter une soirée intéressante. Un truc un peu spécial, du sur mesure.
Jarvi objecta:
- Oui, mais il n’y a pas que ça.
Il hésita, et son regard se perdit sur le clavier. Sans y prendre garde, il laissa ses doigts effleurer les notes couleur crème. Il se demandait comment commencer. Il sentait bien qu’il fallait y aller doucement.
- Je sens venir tes questions, constata Sam. Vas-y, de toute façon il allait bien falloir que je te le dise.
Jarvi croisa son regard résigné. Il se lança:
- Bon, tu es venu ici avec ton ex.
Ce n’était pas une question.
- Oui.
- Il jouait de l’orgue ici.
- Oui. Il venait jouer souvent, il s’arrangeait avec l’organiste référent.
- Tu as gardé la clé.
- Non. C’est une amie qui l’avait. Elle est passée chez moi tout à l’heure, tu l’as entendue.
- Ah, ok. Donc… Et il jouait aussi ici.
Jarvi montra du geste le piano, le tabouret, et la scène.
- Oui.
- Avec toi?
- En fait, il venait souvent seul, mais quand on venait tous les deux en semaine, on passait du temps ici. On jouait chacun notre tour, et on a aussi travaillé des morceaux à quatre mains.
Jarvi essaya d’imaginer jouer un morceau avec Sam. Quel effet cela faisait-il de partager un clavier avec lui, de s’asseoir côte à côte, si proches? D’effleurer parfois la main de l’autre. De jouer en accord, de s’entendre, de s’attendre, de s’accorder sur les changements de rythme, sur les nuances. De vivre les partitions de la même façon.
Il regarda les touches du piano, en essayant d’imaginer les longs doigts de Sam sur les touches, emmêlés aux doigts de l’autre. Il enviait cet autre, qui avait partagé avec l’infirmier la complicité nécessaire pour donner corps à la musique avec lui.
- Si j’ai bien compris ce que disait le curé, tu n’es pas venu depuis?
- Non.
- Et lui non plus.
Jarvi surveillait la réaction de Sam. L’infirmier eut un battement de cils, le regard baissé.
- Sinon, tu n’aurais pas eu la clé.
- C’est vrai, reconnut Sam en levant à nouveau les yeux.
- Il est mort, c’est ça?
Un nouveau mouvement de cil parasite en lieu de réponse, mais l’infirmier ne détourna pas le regard. Jarvi comprenait enfin. Quel idiot il avait été.
- En fait… vous ne vous êtes jamais séparés. Il n’y a pas eu de rupture. C’est pour ça que c’est encore si difficile.
Sam le fixait en silence. Son attitude pouvait être comprise comme une muette injonction au silence, mais Jarvi y sentait plutôt l’attente d’une libération : le besoin que soient enfin dites des choses trop longtemps tues.
- La chambre dans ton appart, celle avec les cartons…
Sam hocha la tête pour confirmer. Jarvi termina quand même sa phrase tout haut.
- … Ce sont ses affaires. Tu n’as pas pu t’en séparer. En fait, tu vis au milieu de souvenirs de lui. Comme le peignoir gris que tu as gardé. D’ailleurs…
- Je l’ai mis à la poubelle tout à l’heure, objecta Sam pour sa défense.
Un peut tard au goût de Jarvi.
- Peut-être, mais… Non, c’est vraiment trop gros.
Il regardait l’infirmier qui se grattait les doigts d’une main avec l’autre, contrarié.
- Quoi?
- Hier… Hier matin, tu m’as dit que je te faisais penser à un ami qui est mort. Tu m’as dit que tu l’avais rencontré presque de la même façon. Il traînait aux urgences.
Sam ferma les yeux. avec un soupir d’exaspération. Jarvi continua quand même.
- Je t’ai même reproché de ramasser tous les chiens perdus aux urgences… Voilà, c’est ça, dès le départ, tu t’es imaginé que j’étais lui. Petit copain deux, le retour. Et moi, comme un con, et là t’as raison j’en suis un, comme un con j’ai cru sentir que tu t’intéressais à moi, et que tu te sentais seul…
Jarvi se passa la main sur le front. En réalité, il avait envie de se frapper la tête pour se punir d’avoir été si aveugle.
Son regard se posa sur les touches brillantes du piano. Même ça…
- Et en plus tu m’amènes ici! Tu te disais sans doute que ça allait se passer comme avec lui, on prend les mêmes et on recommence. Et moi qui m’apprêtais à jouer, en fait tu voulais savoir si je jouais aussi bien que lui, tu voulais être sûr que j’étais le fantôme dont tu rêves, hein?
Il envisagea soudain la possibilité de se lever et de partir, là comme ça, en le laissant devant le piano silencieux. Il l’aurait fait si ses affaires n’avaient pas été chez Sam. Sûrement, il l’aurait fait. Il croisa les bras.
- Jarvi, tu te trompes et je vais te dire pourquoi.
Sam avait la voix qui tremblait. Jarvi lui tint tête, parce qu’il souhaitait si fort se tromper qu’il lui en fallait absolument la preuve.
L’infirmier prit une inspiration qui n’avait rien de théâtral, et se lança:
- D’abord, oui, au début j’ai été frappé par les coïncidences, tu te comportais comme lui, tu avais la même façon d’être… gêné, intimidé devant les autres, enfin tu vois. Je te l’ai dit. Même s’il y avait des choses différentes aussi. Déjà tu ne lui ressembles vraiment pas, physiquement. Et puis toi, tu es juste là de passage, avec ton père, je n’ai pas tout bien compris mais vous êtes dans une histoire bizarre. Lui, il était seul aux urgences, pour ses parents. Un accident de la route, bref.
Un geste de la main pour balayer le sujet avant de se perdre en détails. Un geste pour s’épargner sans doute une part importante de l’histoire partagée avec cet autre, cette histoire dont personne ne parlerait plus, parce qu’elle était terminée.
- En plus toi, tu m’as montré la photo de ta copine. Du coup je me suis dit que décidément, non, ça ne pouvait pas arriver à nouveau. Lui, il était seul dans la vie, à part ses parents, et une cousine et une tante dans la région. Pas d’amis.
- Ni de petite amie.
- Non. Il… Il n’en avait jamais eu.
Jarvi se retint de sourire. Ce type-là était effectivement son jumeau, à peu de choses près.
- En réalité, là où toi tu m’as vraiment montré que tu n’étais pas comme lui, c’est hier soir. Avec lui, il a fallu énormément de temps pour qu’il… pour qu’on puisse… pour que ça se décoince. Même une fois qu’il a admis qu’il était attiré par moi, tu comprends.
Jarvi le laissa poursuivre.
- Un autre truc qui m’a frappé chez toi, c’est quand tu as dit la vérité à Claire. Après des années, … lui… il n’avait toujours rien dit à personne. Sa tante se doutait bien qu’on n’était pas colocataires, mais il ne lui a jamais dit. Il faut dire qu’elle me regardait d’un sale oeil. Maintenant, c’est quasiment une amie, tu as vu?
- Hein?
- Sa tante, c’est elle qui est venue tout à l’heure à l’appart. Pour me prêter la clé.
- Ah, OK.
- D’ailleurs… j’aime autant te le dire avant que tu ne joues les Sherlock Holmes encore une fois…L’appart où j’habite, la proprio, c’est elle.
- Elle?
- Mme Brigard.
- Ahhh. Alors c’est grâce à elle que tu peux te payer un appart pareil avec ton salaire?
- Voilà. Si tu mènes l’enquête, tu verras son nom sur la boîte à lettres.
Pourquoi était-elle devenue amie avec le petit copain de son neveu si elle regardait leur relation d’un sale œil? C’était un peu bizarre. Sauf si…
- Elle te garde comme locataire parce qu’elle est bien contente que tu sois là pour conserver en l’état l’appartement de son neveu, avec toutes ses affaires dedans. C’est ça?
- Sans doute, reconnut Sam. Sûrement… Bon, Jarvi, pour finir, et j’espère vraiment que tu me crois, je ne suis pas en train d’espérer que tu sois comme lui….
- Tu n’as toujours pas dit comment il s’appelait, remarqua Jarvi.
- Pierrick, lâcha Sam en redoutant la remarque qui allait nécessairement suivre.
Jarvi se souvenait du prénom qu’il avait balbutié en dormant, mais lui fit grâce de tout commentaire cynique.
- Bon, reprit Sam, je ne suis pas là pour revivre des choses comme avant. Je suis venu ici pour ne pas rester à l’appart, pour sortir un peu. Mais c’est vrai que je voulais voir aussi ce qui se passerait si je revenais ici, voir si les souvenirs sont encore là, ou si je m’en suis un peu débarrassé. Je ne cherche pas à faire de toi un double de lui, c’est plutôt l’inverse, je crois que ta présence chez moi la nuit dernière m’a aidé à finir de tirer un trait. Cette histoire fait partie de mon passé, elle est terminée depuis longtemps et… je suis content d’avoir pu rencontrer quelqu’un comme toi pour me rappeler qu’il y a de belles choses à vivre.
Il avait l’air soulagé en prononçant ces mots. Jarvi, qui avait envie d’en savoir plus sur l’accident des parents de Pierrick et sur son décès, se retint. Cela appartenait au passé et il n’était pas question de raviver des souvenirs si Sam affirmait vouloir tourner la page.
- Il n’y a eu personne d’autre depuis?
- Oh, une ou deux histoires d’un soir.
- Ah?
- Des rencontres à mon club de sport. Ecoute, assura-t-il, ça n’a vraiment eu aucune importance.
- Ok.
- Ce soir, tu vois, je t’ai amené là parce que tu avais parlé du piano comme d’une passion, et je voulais te voir jouer, mais pas du tout pour revivre les mêmes choses qu’avec Pierrick. C’est plutôt pour savoir si je peux à nouveau… Si je suis capable de revenir ici, de jouer du piano sans que les souvenirs m’en empêchent. Si j’ai vraiment tiré un trait sur tout ça.
- Je suis ton cobaye?
- Pas du tout. Si tu veux, on rentre, je reviendrai un de ces jours pour jouer ici tout seul. Je crois bien que j’en suis capable. Et que le père Matthieu me laissera venir si je le souhaite. Mais d’un autre côté, je n’en vois pas bien l’intérêt, autant m’acheter un piano électrique et jouer chez moi.
- Chez lui.
- Je pensais à déménager, tu sais. Ma soeur me l’a encore dit quand elle est venue, elle est même venue avec des annonces d’appartements à louer.
Jarvi sourit en essayant d’imaginer à quoi pouvait ressembler la soeur de Sam. Le teint mat et les cheveux noirs, et sans doute de très beaux yeux. Et un petit côté malicieux aussi. Elle devait se faire draguer sans arrêt.
L’infirmier le regardait.
- Qu’est-ce qui te fait sourire?
- J’essayais d’imaginer ta soeur. Elle est aussi mignonne que toi?
Il regretta d’avoir prononcé ces mots. Ce compliment indirect à Sam venait trop tôt après leur discussion.
Il changea de sujet :
- J’aimerais bien t’entendre jouer.
- OK, fit Sam en se levant. Je vais voir si le cahier de partitions qu’on avait est toujours là… Sauf si ça te dérange que je joue des choses que je jouais avec lui?
Jarvi secoua la tête et Sam farfouilla dans une armoire située en retrait derrière la petite scène. Il en sortit une pochette bleue.
- Ce n’est pas ce que je cherchais, mais là-dedans, il y a des choses que je sais jouer.
Il referma l’armoire.
- Je n’ai que quelques années de pratique, tu sais, avertit-il en se rasseyant devant le clavier.
Il avait l’air d’attendre une réponse, alors Jarvi haussa les épaules, l’air de dire que ça lui était égal. Il se dit, deux secondes après, que ce n’était peut-être pas la réponse espérée, mais il n’allait pas prétendre être un débutant juste pour le mettre en confiance. D’ailleurs, ce n’était pas la peine : les doigts de Sam venaient de se poser sur le brillant des notes, avec détermination.
Schubert, Chopin. Des morceaux classiques, que Jarvi avait appris une dizaine d’années avant et que son professeur de piano avait fini par lui interdire de jouer.
Sam les jouait différemment. Il y avait un peu de maladresse, mais Jarvi percevait néanmoins des nuances personnelles, qui différaient du style maternel.
Plusieurs fois, il aurait bien aimé interrompre Sam, rejouer quelques mesures, lui demander de les rejouer ensuite à sa façon. Mais ce n’était pas l’objet de la soirée.
- Tu veux prendre ma place?
Jarvi jeta un coup d’œil aux partitions apportées par l’infirmier. Il avait déjà joué la plupart de ces morceaux.
- Je ne sais pas, il y en a un que tu aurais envie que je joue?
- Hahhh… hésita Sam. Il y a des sonates de Bach, je crois.
Jarvi parcourut les feuillets :
- La numéro 20?
- Tu saurais la jouer?
- Ca fait longtemps mais je crois que ça devrait aller.
Jarvi posa le feuillet sur le lutrin, relut les premières mesures et se lança. Il sentait que Sam regardait ses doigts courir entre les blanches et les noires, au lieu d’écouter. Il s’interrompit pour tourner la page, et voir qu’il n’y avait que les deux premières pages. Il joua ce qu’il put et s’arrêta.
- Tu as un sacré talent. Tu le joues joliment, tu as un style très personnel, j’aime beaucoup.
- Non, répliqua Jarvi, je ne fais qu’imiter ma mère. Tous les morceaux classiques, je fais ça, et mon prof m’a obligé à ne jouer que du jazz depuis deux ans à cause de ça.
Sam sourit.
- Du jazz?
Jarvi fit une démonstration, de mémoire, avec un morceau de Chick Corea qu’il avait travaillé les dernières semaines. Il avait quelques trous, mais ça ne semblait pas déranger Sam qui l’écoutait religieusement, les yeux fermés.
- Tu aimes?
- Ce n’est pas ce que je préfère, mais ça me rappelle des souvenirs.
Il rouvrit les yeux précipitamment et ajouta:
- Pas spécialement des souvenirs avec Pierrick, ne t’en fais pas.
Après cela, il y eut un moment de flottement. Jarvi ne savait pas ce que voulait faire Sam. Il espérait lui avoir plu en jouant devant lui, mais il avait sûrement refroidi son entrain après avoir démontré plus d’expérience que lui. Il regarda autour de lui. Dans cette salle, on ne se rendait pas bien compte qu’on se trouvait dans une église. Il avait parfois accompagné sa mère quand elle participait à des récitals, sur des orgues de leur région, et avait vu beaucoup d’églises et de cathédrales, mais cela remontait à si longtemps…
Il jeta un coup d’oeil à Sam, qui le regardait :
- Toi aussi, tu es en plein dans tes souvenirs, hein?
Jarvi admit que oui.
- Bon, et maintenant, qu’est-ce qu’on fait?
- Je ne sais pas, fit Jarvi, c’est toi qui voulais venir ici, je te rappelle.
- Oui, mais je crois que j’ai eu ma dose de piano pour aujourd’hui.
Il se leva, prit le porte-documents, et partit le ranger dans l’armoire.
Jarvi récupéra sa veste et descendit de la petite scène.
Alors que Sam revenait vers lui, il lui posa la question qui le préoccupait:
- Alors, finalement, tu as l’impression d’avoir tiré un trait? Je veux dire, à propos de cet endroit et…
Il n’aurait pas dû poser la question, mais Sam s’efforça de répondre
- Difficile à dire. J’ai l’impression que dès que je reviendrai ici, il me reviendra des souvenirs de lui. Mais ça ne m’empêchera pas de vivre sans lui par ailleurs.
Jarvi essaya de ne pas montrer la pointe de jalousie qu’il ressentit. Il parlait de vivre sans Pierrick, mais pas de vivre avec lui, Jarvi. Et pourtant, il mesurait à quel point il était illusoire d’espérer prendre dans la vie de Sam la place que cet autre avait pris. Pas après deux jours. Pas après une seule nuit partagée. Et quelle que serait la façon dont se passerait la nuit à venir, même si c’était une nuit parfaite – et Jarvi n’était pas sûr de savoir ce qu’était une nuit parfaite – ça ne pourrait jamais les rapprocher autant qu’une relation durable.
Sam dut sentir sa détresse passagère, parce qu’il se retourna au moment de pousser la porte qui menait à l’escalier.
- Jarvi, s’il te plaît, je voudrais bien que mes souvenirs restent ici, avec ce piano.
- Hein?
- Je veux dire, essaye d’oublier ça pour que ça ne gâche pas notre fin de soirée. S’il te plaît.
Ses yeux brillaient magnifiquement, et Jarvi eut envie de l’embrasser, soudainement, bêtement, comme dans les toilettes du café. Il se retint. Ils passèrent la porte et remontèrent les escaliers. Jarvi implora :
Par pitié, que je ne tombe pas amoureux de ce type si lui ne tombe pas amoureux de moi.
Il réalisa qu’ils venaient de déboucher tout près du choeur. Est-ce que son souhait avait plus de chance de se réaliser s’il avait été formulé dans un lieu saint?

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